La tête dans le cul

Maltraitances gynécologiques, spéculum et cie: quelques réflexions personnelles

Il y a quelques mois, je suis tombée sur une série de témoignages de femmes qui ont subi de la maltraitance gynécologique. À l’aide du mot-clic #PayeTonUtérus, des femmes de tous horizons se sont donné le droit de dénoncer ces gestes et paroles inacceptables. Ce hashtag a surtout été utilisé en France, où le système médical est encore plus problématique qu’ici (j’y reviendrai). Cela m’a fait penser aux nombreuses fois où j’avais eu à expérimenter l’examen gynécologique. Juste à y réfléchir, des frissons me parcourent tout le corps.

Des expériences traumatisantes

Je ne crois pas me tromper en affirmant qu’aucune personne ne jubile à l’idée de subir (et j’utilise le mot subir volontairement) un examen gynécologique. Les moments où le visage d’une personne inconnue (ou connue) se retrouve entre vos jambes sont habituellement choisis, désirés et, surtout, fort agréables. Vous me direz Mais ça ne se compare pas! et vous aurez probablement raison.

C’est pourquoi, lorsque la gynécologue m’a introduit le spéculum et que je me tordais de douleur, je me suis demandé la raison pour laquelle elle me posait ces questions:

«Vous savez qu’un pénis en érection est plus gros qu’un spéculum lorsqu’il entre dans votre vagin?»

«Est-ce que je me trompe où vous n’avez pas eu beaucoup de relations sexuelles vous?»

«Votre dernière fréquentation était vasectomisée, et vous n’avez pas mis de condom, vous savez que ça protège des ITSS?»

«Vous étiez vierge avant votre relation avec cette personne dont vous m’avez parlé?»

Gynécologue

Euh… Un pénis n’est pas un spéculum en métal qui m’ouvre l’intérieur avec — on va se le dire — une certaine violence. S’il s’aventure là, c’est que j’en ai envie et qu’il y a un contexte. / Je ne sais pas, c’est quoi beaucoup et c’est quoi peu? / Oui, je sais tout ça. / Non, je n’étais pas vierge.

Et WTF!!!

Incompréhension et malaise

Je n’ai pas tout dit ça. En fait, je n’ai presque rien dit. J’étais stressée, crispée, en douleur: le spéculum me fait atrocement mal. C’est comme ça, je n’y peux rien. (Une échographie me fait un mal de chien, imaginez ceci.) Sans compter ce sentiment de se sentir inadéquate et infantilisée. Vous savez, cette vague nausée qui vous accompagne quand vous sentez que vous n’êtes pas bien. Que les phrases prononcées ont joué sur vos cordes sensibles, tout en meurtrissant votre fragilité intérieure (la physique et la psychique). La femme en question était quand même gentille, mais je crois qu’on prend trop pour acquis que les gens «vont être corrects», que «ça va passer». Se faire rassurer, ça aide. Beaucoup.

Ça n’a duré que quelques minutes, mais tout de même assez pour que je passe une journée un peu tout croche. Et que je me questionne sur ma «normalité» (pour ce que ça veut dire, on s’entend). Honnêtement, ce n’est pas évident d’aller se foutre le cul à l’air sur un bloc de métal et de cuir et de «relaxer». Surtout quand la personne qui vous demandait votre année de naissance il y a deux secondes, vous enfonce maintenant ses doigts gantés jusqu’à l’utérus. Ça manque d’humanité, de mise en contexte, de douceur.

Un instrument qui date

Le fameux spéculum. De nos jours, il s’en fait en plastique, ce qui remplace la froideur du métal et l’aspect «instrument de torture» de l’outil. Mais il reste qu’on a envie de fuir en courant juste à lui voir la gueule.

Cet article de Terrafemina, intitulé «Le spéculum, inventé par un misogyne et testé sur des esclaves» donne froid dans le dos. Cela dit, cet article chez The Atlantic, amène des nuances. Selon ce dernier, c’est un excellent outil, bien conçu pour la tâche qu’il a à faire. On y ajoute même qu’on devrait encourager les femmes à acheter elles-mêmes un spéculum de plastique pour l’insérer soi-même. Question de s’habituer à la sensation et être plus en confiance avec son corps lors des examens de ce type. Fait intéressant, on souligne tout de même que:

«women who have trouble with pelvic exams are probably not suffering from a badly designed device, but rather from a badly designed patient experience.» Ah!

The Atlantic

Un peu d’humanité, disais-je?

Des soins plus humains

Ça me soulage toujours de me tourner vers l’ex-médecin Martin Winckler (son vrai nom est Marc Zaffran) qui, depuis des années, se bat pour une médecine plus humaine. Car il y a des façons de mettre les gens en confiance. Pour leur permettre de non pas subir, mais simplement recevoir les soins nécessaires. On a le droit de dire non. On a le droit de sentir bien et respecté dans son corps.

Je vous recommande chaudement ses livres, particulièrement « Le patient et le médecin» dans lequel il dénonce les maltraitances infligées aux patients, et plus particulièrement aux patientes. Du côté de la fiction, son roman «Le choeur des femmes» est à lire absolument.

Concernant la maltraitance gynécologique en France, il faut savoir que plusieurs établissements hospitaliers ont été pointé du doigt pour avoir autorisé diverses pratiques illégales. Il semble que:

«33% de touchers vaginaux, rectaux et autres examens du pelvis ou des«orifices herniaires», sans consentement.»

Slate.fr

On ne s’étonnera pas qu’on ait retrouvé cette fresque absolument dégradante — qui représente un viol collectif, rien de moins — sur l’un des murs de l’hôpital de Clermont-Ferrand. Un lieu de soins et de souci de l’autre, supposément. Elle a été effacée depuis…

Il y a encore du chemin à faire, comme on dit…

Pour en savoir plus:

Les tweets avec le mot-clic #PayeTonUtérus colligés dans un Storify

Le tumblr «Je n’ai pas consenti»

Cet excellent documentaire de France Culture sur la maltraitance gynécologique

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