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La tête dans le cul

La dictature des apparences

Un coup de gueule rédigé pour l’émission C’est bon pour la santé chez Canal M.

ÉCOUTER LA CHRONIQUE AUDIO (à 28 min.)

Qui dit mois de mai dit… poils! Eh oui, depuis deux ans déjà, l’organisme Maipoils propose aux gens – peu importe leur genre – de mettre à l’honneur les poils du corps. Aisselles velues, jambes poilues, tout le monde peut assumer sa pilosité sans complexes. Tout le monde, vraiment? Pas certaine de ça…

En effet, les commentaires de gens horrifiés de voir des poils de corps, particulièrement sur celui des femmes, sont nombreux. On associe encore énormément poils avec saleté et odeurs, bien que ceux-ci soient tout à fait naturels et, si bien entretenus, non odorants et propres. Mais une femme poilue: beurk, c’est dégoûtant! si l’on en croit plusieurs personnes qui croisent l’image de femmes fières d’arborer leur duvet naturel.

Des corps policés

Il est fascinant de voir à quel point le corps des femmes est encore policé dans la sphère publique. Prenons par exemple l’annonce assez récente du remplacement de Catherine Perrin par Pénélope McQuade à ICI Première. Parmi les premiers commentaires à avoir été émis, on pouvait lire: «Je n’aime pas son look», alors qu’elle sera à la radio, donc non visible et que son style vestimentaire n’enlève ni n’ajoute rien à sa prestation d’animatrice. Et ça, c’est sans compter les remarques complètement déplacées sur sa minceur, trop extrême pour certain.es.

Les femmes sont particulièrement touchées par ce type de commentaires qui ciblent le physique ou l’habillement. D’ailleurs, pouvez-vous nommer des femmes en surpoids, par exemple, qui sont mises de l’avant dans les médias? Il y en a très peu. On ne se le cachera pas non plus: plusieurs femmes enceintes qui oeuvrent à la télé ont déjà avoué avoir été tassées de projets, car une femme avec un gros ventre – même si on parle de donner la vie ici – ça passe encore mal à  l’écran. De façon générale, il faut dire que les corps médiatisés sont assez peu diversifiés. On peut le dire, ils sont habituellement minces, beaux, sans handicap et blancs.

Jeunes, valides et… blancs

Une chaîne de télé connue que je ne nommerai pas (vous pouvez chercher vous-même, c’est assez facile à trouver) vient d’ailleurs de refaire son image de marque au grand complet et présente une toute nouvelle équipe d’animatrices et d’animateurs. Les points communs de ces gens, en dehors de leurs compétences évidentes qui ne sont nullement questionnées ici: ces gens sont tous beaux, minces, jeunes, sans handicap et, mis à part une seule personne, blancs.

Je suis toujours sidérée de voir à quel point nous vivons dans une dictature des apparences. Dans une société où tout est conforme, similaire. Il m’est fréquemment arrivé de faire référence à l’ouvrage de Martine Delvaux, Les filles en série, pour qualifier des corps et des apparences retrouvés est triste quand on y pense, car tous les corps sont valides, beaux et il faut aussi les célébrer comme ceux que l’on glorifie tous les jours en nous présentant, encore et toujours, la même enveloppe corporelle, en différents tons de blancs. Parce que côté diversité (corporelle, culturelle), on a encore des croûtes à manger.

Une vraie diversité

J’ai hâte au jour où on arrêtera de dire qu’il est courageux pour une personne de montrer son corps en surpoids ou avec un handicap et que ce soit plutôt simplement normal. Que ce soit juste la réalité, car, au final, c’est bien ce que c’est: une représentation parmi tant d’autres de corps tous différents, tous valides, tous essentiels. J’ai hâte qu’on arrête de formater notre regard à coup de standards de beauté et d’apparence précises et indélogeables et qu’on nous présente une réelle diversité. Pas parce qu’il faut être politically correct, pas parce qu’il faut répondre aux récriminations – justifiées – de groupes militants, mais bien parce qu’on y croit et qu’on considère que tous les corps, toutes les physionomies et toutes les expressions vestimentaires qu’on décide d’adopter – et ce comme on l’entend, peu importe son corps – soient acceptées et célébrées. Parce qu’un monde ouvert, éclaté, diversifié, inclusif, c’est tellement plus beau.

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