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Le (non)civisme sur les médias sociaux

Un coup de gueule rédigé pour l’émission C’est bon pour la santé chez Canal M.

ÉCOUTER LA CHRONIQUE AUDIO (à 28 min.)

Tannée. Écoeurée. Stressée. Épuisée. Non, ce n’est pas le travail, ni l’université, ni une situation de ma vie qui me met dans un tel état, mais plutôt… les réseaux sociaux! En fait, ce n’est même pas vraiment les réseaux sociaux autant que la haine et la rancoeur que j’y croise à coeur de journée. On est bien loin des plateformes pour échanger des nouvelles avec sa famille et ses ami.e.s! C’est dorénavant le lieu des joutes verbales, des statuts coups de poing, des montées de lait, des propos racistes et des insultes faciles. Nous avons un important problème de civisme sur les plateformes sociales.

Récemment, Hubert Lenoir a fait un passage à la télévision française. On le sait, son personnage détonne et fait jaser: il aime provoquer. Mais voilà, on aime ou n’aime pas. Fin de l’histoire. Mais non. Pas pour l’utilisateur ou l’utilisatrice qui tient mordicus à venir lui dire ses quatre vérités. J’ouvre ici les guillemets: «Un vrai cave», «Fais-toi soigner le malade», «Esti de cave sans talent». C’est un simple échantillon de ce qu’on peut retrouver sur sa page Facebook. Je n’embarquerai pas sur les commentaires désobligeants que les gens ressentent l’urgent besoin de confier à Safia Nolin. Honnêtement, ça décourage du genre humain.

Passez votre chemin

Vous, Monsieur ou Madame, qui venez insulter gratuitement un ou une artiste, par exemple, sur sa page Facebook. N’avez-vous pas envie parfois de prendre ces quelques précieuses minutes pour faire autre chose? Pourquoi pas, simplement, passer votre chemin? Ou faire aller votre souris et votre clavier à partager une bonne nouvelle, par exemple? Il me semble qu’on s’en porterait mieux.

Combien de gens autour de moi avouent être complètement lessivés et furieusement «à boutte» de voir les «commentateux» et «commentateuses» de ce monde venir verser leur fiel sur des publications publiques de grands médias ou, même parfois, sur un statut ouvert à tous et toutes? Combien me disent – et j’en suis – qu’ils et elles sentent qu’on a tous besoin d’un break de haine et de violence. Et que ça devrait s’appliquer, en premier lieu, à ces plateformes qu’on utilise au quotidien.

Pour vrai: pourquoi tant de haine? Qu’est-ce qui motive les gens à venir déchirer leur chemise sur Facebook, à propos de tout et de rien? Je vous l’avoue, ça me dépasse totalement.

Un autre exemple? La ville de Montréal fait actuellement un sondage auprès des citoyennes et citoyens pour leur demander comment serait leur Montréal de rêve. La question est pertinente et le questionnaire qui l’accompagne aussi. C’est une belle occasion de pouvoir discuter de ce à quoi on aspire pour cette ville. Mais, bien sûr, c’est sans compter le cynisme ambiant et les insultes qui fusent contre la mairesse actuelle.

L’excuse d’une société mal en point

Je comprends que nous sommes actuellement socialement un peu dépassés. La planète va très mal, il ne se passe pas une semaine sans que des nouvelles franchement déprimantes nous soient balancées au visage. Mais justement, n’est-ce pas l’occasion idéale de faire preuve de bienveillance et d’acceptation? De s’épauler et de s’encourager mutuellement pour un monde un peu meilleur? Êtes-vous vraiment plus épaoui.e après avoir déversé votre rage ou votre frustration sur Facebook? Avez-vous vraiment l’impression d’amener une pierre à l’édifice du changement ou ce n’est pas plutôt une question d’égo insatisfait? Je me pose sincèrement la question.

Actuellement, les études et les articles pullulent à propos notre santé mentale défaillante au Québec. Les services ne sont pas là pour répondre à la demande qui ne cesse de croître. Ceci mérite qu’on lève le poing et qu’on s’insurge. Mais constructivement. Chialer pour chialer, hurler qu’on est géré par une bande d’incompétent.e.s, insulter celles et ceux qui ne pensent pas comme nous, ça ne nous mènera pas bien loin si on s’obstine dans son coin en se regardant le nombril. En plus de créer une ambiance nocive et stressante pour tout le monde. Je pense qu’on a plus que jamais besoin d’être solidaires et de regarder dans la même direction, malgré nos différents et nos différences.

Arrêtons de pratiquer ce qu’on nomme souvent notre «sport national», c’est-à-dire chialer, et voyons un peu ce qu’on pourrait faire de concret, au lieu de perdre son temps à dénigrer les autres et à s’haïr, entre deux statuts. Il me semble que ça nous ferait collectivement du bien de se calmer le pompon et de s’offrir mutuellement un peu de bienveillance, vous ne trouvez pas?

Photo de une: ROBIN WORRALL via Unsplash

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