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La tête dans le cul

Partys de bureau: petit guide du savoir-vivre (sexuel!) pour éviter les maux de tête

Une chronique pour Moteur de recherche sur le savoir-vivre sexuel entre collègues pendant les partys de bureau à Noël.

Les partys de bureau s’en viennent. C’est le temps de l’année pendant lequel on se lâche lousse et où l’on découvre parfois nos collègues sous un autre jour. Des fois, ce n’est pas toujours heureux, malheureusement. Mais, question de passer de belles fêtes et de garder vos relations de travail sympathiques et agréables, voici quelques conseils pour passer de bons moments avec vos collègues et éviter bien des maux de tête!

5 conseils amicaux pour de chouettes partys de bureau

Conseil #1 : #rappelons-nous de #MoiAussi

#MoiAussi a été un mouvement sans précédent et il est difficile voire impossible de passer à côté de ce sujet-là. Selon une étude de Statistique Canada,

«les agressions sexuelles commises par une personne ayant une relation d’affaires avec la victime représentent une faible proportion de l’ensemble des agressions sexuelles, mais elles ont connu la plus forte augmentation du nombre de signalements après #MoiAussi (+65 %).»

Statistique Canada

Une autre étude réalisée en 2016 sur le harcèlement en milieu de travail au Canada démontre que, sur un échantillon d’environ 9000 répondant.es, 4% des femmes ont rapporté du harcèlement sexuel et des attentions sexuelles importunes. Vous me direz que ce n’est pas tant que ça. Et moi, je vous répondrai que c’est déjà trop. Même si on est en mode festif et que l’ambiance est moins protocolaire que d’habitude avec vos collègues, ce n’est pas pour autant une porte ouverte sur des comportements déplacés et des abus potentiels. Et non, ça ne passera pas mieux parce qu’on est sous l’influence de l’alcool et/ou de drogues. Ce qui m’amène au conseil #2. 

Conseil #2: Non, c’est non!

Qui dit party de bureau, dit… alcool et, possiblement drogues. Si une personne est intoxiquée et n’est pas en mesure de donner son consentement, et bien… il n’est pas valide! Est-ce que ça veut dire qu’aucune relation sexuelle ne peut être consentie sous l’effet de l’alcool et/ou de drogues? Non! Mais on doit être conscient.e qu’on est beaucoup moins en contrôle de ce qu’on fait. Et que la personne doit quand même être en mesure de verbaliser qu’elle en a envie. Rappelons-nous également que c’est plus difficile de décoder ce que veut votre partenaire pendant la relation sexuelle, si les facultés sont affaiblies. Ce l’est déjà parfois même sans consommation de substances!

Et, malheureusement, c’est souvent le type de situation qui mène à des dérapages, des abus. Si vous voyez un.e collègue qui s’est, en bon québécois, solidement « pété la face » dans le party, vous devriez, avant toute chose, prendre soin d’elle. Assurez-vous qu’elle va bien, qu’elle ne conduit pas et qu’elle rentre chez elle en sécurité. Ce n’est peut-être pas le temps de tenter une approche. Même chose si vous voyez quelqu’un «s’essayer» sur une personne qui n’est pas en état de consentir. Rien ne vous empêche de vous vous informer pour savoir si tout le monde est correct. Le fameux gars qui a les mains baladeuses à la job? Ah, on le sait que Jocelyn, yé de même. Ben non Jocelyn, garde tes mains chez vous. Ce n’est pas drôle ni tolérable. De plus, si une personne qui vous intéresse vous dit non, inutile d’insister. Et ne mettez pas votre envie pressante sur l’alcool: c’est juste lourd, c’est juste non. Et aussi: ne forcez personne à boire, c’est malaisant et on peut tout à fait avoir du fun sans alcool.

Le consentement, c’est simple

Pour rappel, le consentement sexuel devrait être:

  • LIBRE: la personne consent et participe de façon volontaire, elle n’est pas forcée et il n’y a pas de coercition; 
  • ÉCLAIRÉ: la personne est consciente de ce qu’elle fait et sait dans quoi elle s’implique; 
  • ENTHOUSIASTE: la personne en a envie et souhaite vivre cette relation sexuelle;
  • CONTINU (ou MAINTENU): la personne réitère son envie de prendre part à une relation sexuelle. Elle (r)assure son/sa partenaire qu’elle consent toujours à cette relation. Par exemple, par des signaux non-verbaux comme des soupirs de plaisir! 

À lire aussi: Comment parler de consentement sexuel?

Conseil #3 : Un coming-out, c’est intime et personnel

Vous avez un doute sur l’orientation sexuelle d’un.e collègue et ça vous chichote? Vous vous dites que, dans un mood de party, c’est l’occasion de le savoir? Eh bien, figurez-vous que… ce n’est pas de vos affaires! Ce qu’une personne fait dans sa chambre à coucher (ou ailleurs) ne regarde personne, sinon elle. Si cette personne en parle ouvertement et aborde elle-même le sujet, c’est une chose. Mais forcer les confessions pour rassasier votre propre curiosité et vous coucher satisfait.e d’avoir enfin su (pourquoi d’ailleurs?), c’est non.

Je le sais, je l’ai déjà fait il y a quelques années de ça et je le regrette encore à ce jour. #meaculpa Comment ça? Eh bien, parce qu’exiger ce type d’information d’une personne, c’est probablement l’obliger à faire, encore et encore, un coming-out qui n’est peut-être pas volontaire, mais avec la pression, elle se sent forcée de le faire. Ça lui fait peut-être revivre des stigmas associés à son orientation sexuelle. Et, la personne peut, tout simplement, ne pas avoir envie d’en parler, point. Bref, à ne pas faire. 

Conseil #4 : (et ceci s’adresse aux nostalgiques) on n’est pas à Coup de foudre!

De grâce, arrêtez de vouloir matcher à tout prix les célibataires de votre département! Dans notre société où le couple – qui plus est hétérosexuel – est notamment considéré comme la norme, le célibat est parfois lourd à porter. Surtout pendant le temps des Fêtes où c’est le retour des sempiternelles questions familiales du genre: «As-tu un p’tit chum?» « Une p’tite blonde?» ou les commentaires du type: «Messemble que tu serais dû(e) pour avoir quelqu’un dans ta vie, là…» Seigneur que j’ai souvent entendu cette phrase!

Dites-vous que la personne n’a peut-être pas envie de se faire parler d’un couple potentiel. Premièrement, ce n’est pas de vos affaires. Deuxièmement, elle ne veut peut-être pas être en couple. Troisièmement, elle n’a peut-être pas envie qu’on essaie de la matcher avec une autre personne du bureau. Ou, encore, elle a peut-être une configuration amoureuse différente de la vôtre. Pensons au polyamour, au couple ouvert, etc. Et aussi, il ne faut pas tenir pour acquis non plus que tout le monde est hétérosexuel. Ni nécessairement intéressé par les relations amoureuses, affectives et/ou sexuelles. L’aromantisme et l’asexualité, ça existe aussi et ce sont des façons valides de vivre ses relations.

Conseil #5 : On met le sexisme au rancart

Il y a quelques années, j’ai été invitée à un party de bureau à la thématique pour le moins nébuleuse. Imaginez des jeunes québécoises déguisées en geishas japonaises qui servent les fêtard.es et d’autres jeunes femmes en maillots de bain sexy et perruques colorées qui dansent, toute la soirée, sur des podiums de chaque côté de la salle. Malaise. Entendons-nous: j’aurais été tout aussi malaisée si des hommes avait porté un déguisement et/ou joué un rôle aussi stéréotypé et sexiste. Parce que oui, c’est sexiste!

Ce n’est pas parce qu’à une autre époque, pas si lointaine, c’était de bon goût, que ce l’est encore maintenant. Pensons aussi aux partys de nyotaimori, ces soirées de sushis où on les mange sur le corps nu d’une belle jeune femme. Ils ne sont guère mieux et reconduisent des clichés de femmes-objets qu’il me semble difficile de justifier en 2019. Donc, quand on pense à sa thématique de party de Noël, essayons d’éviter les clichés et soyons inclusifs.ves et respectueux.ses des autres, peu importe le sexe, le genre, l’orientation sexuelle, l’expression de genre, l’identité, l’origine. Et l’approppriation culturelle, c’est pas mal à éviter. #Släv #kanata Osez donc l’originalité et sortez des sentiers battus! 

Ni complication, ni censure, juste du respect

Je vous entends déjà dire: ben là, on peut pu rien dire, pis c’est donc ben compliqué! Pourtant, ce n’est pas plus compliqué que les 48 appels que vous avez fait pour épater tout le monde avec votre fameux bar à cupcakes. Pas plus que les 22 soumissions que vous avez révisé pour obtenir un DJ qui ne chialerait pas en se faisant demander 48 fois la même toune de Céline en fin de soirée, quand tout le monde est chaudaille.

Ce n’est ni de la complexité, ni de la censure, mais juste du simple respect pour vos collègues. Vous savez, celles et ceux que vous allez revoir le lundi en revenant des Fêtes, de bonne humeur et reposé.e? Et pas la tête entre les jambes parce que vous avez dépassé les limites, vous vous sentez mal et/ou que quelqu’un vous a mis dans une situation malaisante. Vous avez envie d’être très « wild» en organisant un party dans votre maison avec des gens au courant et consentants: grand bien vous fasse, vous êtes chez vous! Ici, on parle d’un party de bureau avec vos collègues qui ont peut-être des habitudes de vie à des années-lumières des vôtres. Gardons-nous une p’tite gêne et prenons soin les un.es et les autres. On va tous et toutes se rendre à Noël en même temps, dans le respect et le plaisir!

Photo de une: Kelsey Chance via Unsplash

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