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La tête dans le cul,  Moteur de recherche

Consentement sexuel et applications mobiles: une bonne idée?

Donnez son consentement sexuel via une app, c’est génial non? La réponse courte: NON. NON. NON. Et re-NON. Je vous explique pourquoi, mais avant, un peu de contexte.

Une chronique pour Moteur de recherche dans laquelle je parle de consentement sexuel et d’applications mobiles. Écouter la chronique audio.

Les effets de #MeToo sur le consentement sexuel

En décembre dernier sur son blogue Les 400 culs, Agnès Giard, autrice, journaliste et docteure en anthropologie, proposait deux articles sur le consentement sexuel. Plus précisément sur l’idée de «gérer» (oui, ça sonne effectivement business) le consentement sexuel. C’est que, depuis environ deux ans (faites un calcul rapide, vous arrivez pile dessus: hé oui, on parle de #MeToo ou #MoiAussi!), on voit émerger de plus en plus de compagnies qui font miroiter l’idée que le consentement, c’est simple comme bonjour. Tellement simple que même une application mobile peut s’en charger. Au même titre que ces applications qui sauvegardent nos multiples mots de passe promettent de nous faciliter la vie et nous éviter des maux de tête, ces outils se présentent sous une forme de contrat à remplir pour ne plus – en bon québécois  – se casser le bécyk et se concentrer seulement sur la partie «plaisir» de la chose.

Parmi celles-ci on retrouve, par exemple, LegalFling ou, encore, Yes is Yes. Ces apps arrivent après un grand froid jeté par le mouvement #MoiAussi (avec raison!) qui a remis en question notre façon de voir la sexualité et, surtout, de prendre conscience qu’on avait encore des croûtes à manger côté égalité des rapports sexuels. Et, malheureusement, on a encore bien des choses à apprendre et réaliser sur les violences sexuelles.

Swipe ton consentement sexuel

Mais comment ça fonctionne au juste? En résumé, votre partenaire et vous devez répondre à des questions précises sur l’app. Celles-ci permettent de savoir si, d’abord, les deux personnes consentent à la relation sexuelle. Mais aussi, si le.la partenaire a une ITSS et si on accepte le passé sexuel de l’autre. On peut même déterminer à quel type de relation sexuelle on consent, soit orale, vaginale et/ou anale. Ensuite, le contrat est accepté (ou pas!). Vous pouvez alors laisser libre cours à vos ébats, et ce, sans vous soucier du consentement, puisque, c’est-ti pas beau, il a déjà été donné! En fait, c’est bien joli en théorie. Mais, en pratique, ça ne tient pas la route. Ça ne tient pas compte ce qu’est réellement le consentement. Pire, ça risque même d’encourager les agressions et les violences sexuelles.  

Des règles simples pour une notion qui… ne l’est pas tant 

Il y a quatre règles de base  au consentement. Il doit être:

  1. Libre: on se sent libre de dire oui, personne ne nous contraint à le faire; 
  2. Enthousiaste: on en a envie;
  3. Éclairé: on a toutes les infos disponibles pour prendre une décision éclairée, en toute connaissance de cause; 
  4. Continu/ maintenu: l’envie de vivre la relation sexuelle est présente du début à la fin.

À lire: Comment parler de consentement sexuel?

C’est la base. Ceci dit, le consentement n’est peut-être pas si complexe. Mais… il n’est pas si simple non plus! Du moins pas assez pour être mis entre les mains d’applications mobiles. Ces outils proposent des questions formatées pour tous.tes, sans égard à la situation vécue, aux expériences passées de chacun.e, aux émotions impliquées et au désir qui peut varier. Sans compter les fluctuations d’une relation, et ce, même si elle est brève et exclusivement de nature sexuelle.

Nous sommes des êtres complexes, remplis de nuances, de contradictions, voire parfois d’hésitations, de questionnements et de doutes. Nos motivations sont inconstantes, on a des besoins divers et changeants; on ne se résume pas à quelques questions, surtout pas au niveau intime et sexuel! De plus, dans une seule et même relation sexuelle, des tas de scénarios possibles peuvent se produire. C’est donc impossible de prévoir que le consentement s’appliquera à la lettre, tel que défini plus tôt. Et surtout pas selon les règles établies dans l’application, peut-être plusieurs minutes voire heures avant. C’est n’importe quoi.

Donner son consentement sexuel via une app, c’est vraiment wrong

Parce que le consentement, ça peut se retirer à tout moment

Vous ne le sentez plus. L’envie n’est plus là. Vous vous sentez mal ou vous découvrez que votre partenaire ne vous correspond pas, sexuellement parlant. Peu importe; vous êtes totalement en droit de dire, en tout temps: sais-tu quoi, je vais arrêter là, merci babaille. Par contre, la réalité c’est que ça se passe rarement comme ça. Même sans contrat signé via une application, c’est souvent difficile de faire entrer dans la tête des gens que le consentement peut se retirer n’importe quand . De nombreuses personnes poursuivent quand même une relation sexuelle, parce qu’elles se sentent «obligées», une fois qu’elles l’ont commencé. Avec ce type d’entente, les gens vont se sentir liés à un contrat et risquent de se forcer et, pire, se voir forcés à subir la relation sexuelle. 

Parce que le consentement ne se résume pas juste à «oui» ou «non»

Au cours d’une relation sexuelle, le consentement ou l’absence de consentement peuvent aussi se démontrer autrement que verbalement. Une main retirée ou repoussée, la tête qui se défile lorsque le.la partenaire arrive pour embrasser, le corps qui repousse l’autre, une absence de réactions. Et, même encore, certains de ces signaux pourraient vouloir dire autre chose, comme un besoin de changer de position, un moment pour chercher sa respiration, etc. Donc, c’est délicat. Et, en aucun cas, ça ne se résume à des cases à cocher, comme on le ferait avec un menu de restaurant qui propose de personnaliser sa salade ou son burrito.

Parce que ça encourage les agressions sexuelles.

Imaginez qu’une personne donne son consentement et réalise que son.sa partenaire a un comportement abusif et agressif et veut stopper la relation sexuelle. L’autre refuse et la relation sexuelle se transforme rapidement en viol. Comme le consentement a été donné et validé via un contrat, alors qu’on sait qu’au Québec près de 90% des agressions ne sont pas déclarées à la police (Source: CPIVAS), entre autres parce qu’on a une tendance à ne pas croire les victimes. Non seulement l’agressé.e risque de ne pas dénoncer, mais ielle vivra probablement avec la culpabilité d’avoir accepté ledit contrat. De plus, si la personne décide finalement de dénoncer, l’agresseur.e pourra brandir le fameux contrat et s’en servir pour se défendre. 

Parce que… veut-on vraiment que même notre sexualité et les conditions sous lesquelles se passe celle-ci soient gérées par des compagnies dont on sait, au final, peu de choses? 

Vous allez me dire que Facebook sait déjà tout de votre vie et je vous dirai: vous avez raison. Vous me direz peut-être aussi que les applications de gestion du cycle menstruel, par exemple, en savent déjà beaucoup sur votre sexualité et vos habitudes intimes et je vous répondrai: en effet, et c’est d’ailleurs un problème souvent décrié. Mais de là à mettre entre les mains d’une compagnie X votre capacité à consentir ainsi que le détail de vos relations sexuelles, il y a quand même une marge. Et vous ne savez pas toujours comment ces informations peuvent être utilisées. 

Parce que le consentement n’est pas juste une question de responsabilité, mais avant tout d’égalité

Je pique cette référence au site Feministing. Dans son article intitulé «Seven Reasons Consent Apps Are a Terrible Idea», plusieurs problématiques sont soulevées sur ce principe de confier le consentement sexuel à une application mobile. Parmi celles-ci, on doit se rappeler que le consentement n’est pas une transaction au même titre que, par exemple, signer un bail. Quand on signe un contrat pour un logement, on devient responsable dudit logement. Quand on donne son consentement, c’est qu’on est conscient.e que la situation dans laquelle on s’implique – dans ce cas-ci, la relation sexuelle – nous permet de prendre part à une activité sexuelle dans laquelle on s’attend à être respecté.e, écouté.e et traité.e d’égal.e à égal.e.

En signant un contrat de consentement via une app, on se rassure avant tout sur le fait que l’autre personne ne reviendra pas contre nous, si jamais elle change d’avis. Ce qui est peut-être pratique dans notre ère post-#MeToo, mais qui démontre qu’on a absolument rien compris de ce qu’était la base d’une relation sexuelle, soit le respect, l’écoute et la communication. 

Photo de une: Gilles Lambert via Unsplash

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