La tête dans le cul,  Moteur de recherche

Est-ce que le coronavirus changera notre façon de dater?

Une chronique pour Moteur de recherche dans laquelle je parle de dater en temps de coronavirus.

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On entend beaucoup de gens se plaindre actuellement de leur saturation des réunions de travail Zoom et consorts. Mais pourtant, ces plateformes de vidéo-rencontre ont connu un essor sans précédent dans les dernières semaines. En plus des 5 à 7 qui peuvent maintenant se faire via ces plateformes, une nouvelle tangente émerge: dater en ligne. Une personne me racontait qu’une rencontre Zoom avec un partenaire potentiel s’était transformée en souper. Incluant un repas livré à la porte pour manger la même chose, en même temps! «Est-ce que ce serait arrivé sans pandémie? Pas sûre!» C’est ce que m’a dit cette interlocutrice qui explore les applications de rencontre pour trouver – idéalement – une relation stable, même en temps de COVID. 

Swipe ou… Zoom à droite? 

Le monde est chamboulé par ce fameux coronavirus et, inévitablement, notre façon de dater s’en ressent. Malgré le confinement et des règles de distanciation à respecter, l’amour, la cruise voire la sexualité ne prennent pas de pause. J’en ai discuté avec une quinzaine de personnes; une majorité m’a confirmé que, pandémie ou pas, elles n’ont pas l’intention de mettre leur vie amoureuse et/ou sexuelle en stand by. Au contraire!

Vivre le confinement seul.e, ça pèse et ça donne envie de réconfort, de contact humain. Pour preuve, des applications de rencontres ont vu l’utilisation de leurs services de vidéo conversationnelle exploser. Chez Match.com, on est passé de 6% à 69% des utilisateurs.trices qui utilisent maintenant la vidéo pour entrer en contact avec des partenaires en devenir. Du côté de chez Bumble, c’est une augmentation de 56%. Chez Coffee Meets Bagel, 40%.

Dans un récent article du New York Times intitulé « Singles Have to Think Outside the Screen », on note aussi une forte augmentation des services de coaching par des matchmakers (ou coachs amoureux). Autre phénomène social observé, le dating se passe dorénavant aussi sur… Animal Crossing! En effet, le très populaire jeu de simulation de Nintendo a vu de nombreuses personnes entamer des relations en ligne. Sans oublier l’organisation de dates Tinder qui se sont faites sur la plateforme, plutôt que dans la « vraie » vie. 

Prendre son temps (et fuir le coronavirus)

Si l’on revient à Zoom et cie pour dater en temps de coronavirus, il faut tout de même dire une chose: ce n’est pas nouveau. On utilisait déjà vidéos, jeux en ligne (pensons à Second Life), chat et textos dans un but de rencontres amoureuses et/ou sexuelles. Mais la différence, semble-t-il, c’est que les gens prennent plus leur temps. Confinement et distanciation sociale obligent, on ne peut pas se rencontrer en personne, encore moins avoir des rapprochements intimes. On en profite donc pour mieux connaître l’autre, pour voir si les affinités sont là. Si ça clique au-delà de l’attirance physique. Se voir par vidéo, par exemple, fait en sorte qu’on permet aux gens de s’inviter dans notre maison plus rapidement. Ce qui est probablement encore plus intime que de se donner rendez-vous dans un bar ou un café.

On constate que ça permet d’éviter ce qu’on appelle le small talk. Vous savez, ces conversations un peu puériles qui permettent de meubler les silences et éviter les moments de gêne? C’est l’occasion de miser sur des éléments-clés de sa vie et de sa personnalité. Comme le souligne le fondateur de Coffee Meets Bagel, la rencontre en ligne risque fortement de se faire chacun.e chez soi. Elle mène nécessairement à parler plus de qui on est. De ce qu’on aime. Plutôt que de la température qu’il fait dehors. Surtout qu’on a actuellement un printemps assez déprimant merci. 

Des relations plus durables?

Helen Fisher, anthropologue et conseillère scientifique en chef chez Match.com, s’intéresse depuis longtemps aux rituels amoureux et aux fondements de l’amour. Selon elle, la pandémie pourrait offrir l’opportunité de créer des relations plus solides et durables. Les liens amoureux profonds prennent du temps à se développer et, pour plusieurs personnes, c’est ce qui se passe actuellement. En allant plus lentement et en apprenant à mieux connaître les gens. Pour certain.es, c’est un peu se dire: tant qu’à prendre un risque et me mettre en danger pour quelqu’un, aussi bien que ça vaille la peine! Parmi les gens interrogés sur leurs habitudes actuelles en matière de dating, plusieurs m’ont dit avoir adopté la rencontre en personne. Mais distanciation sociale style. L’option «au parc à deux mètres de distance» semble remporter la palme de LA date par excellence.

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Vivre dans la nuit

La pandémie cause beaucoup d’inquiétude, de stress et d’anxiété. On est tous et toutes un peu sur le qui-vive. Comme dans une longue nuit noire de laquelle on espère voir émerger le soleil. #poésie Selon les premiers résultats d’une étude-pilote réalisée au Canada et dirigée par Mélissa Généreux de l’Université de Sherbrooke, «plus du quart des adultes au pays présentent des symptômes de trouble de stress post-traumatique.» Ce qui n’est pas peu dire. On vit une situation exceptionnelle qui peut amener des changements drastiques. Plusieurs personnes qui sont sur les réseaux de rencontre m’ont dit vouloir maintenant plus respecter leurs propres attentes. Ainsi que leurs besoins personnels. Et ne plus les laisser de côté pour plaire à l’autre en se présentant sous un jour meilleur. Pour certain.es, les expériences actuelles étaient extrêmement positives. Voire transformatrices.

Mais, encore là, tout dépend. Dater avec le coronavirus quand on a de jeunes enfants à s’occuper est différent, plus risqué et plus difficile. Si certain.es célibataires ont plus de temps actuellement, ce n’est pas le cas de tous.tes. Plusieurs parents peinent à arriver à entre le télétravail et le soutien à offrir aux enfants qui doivent poursuivre leurs apprentissages à la maison. Sans compter les gens qui travaillent dans les services essentiels. Ils sont à risque tous les jours en allant au boulot et peuvent aussi mettre leurs proches en danger.

Pour les couples récents ou les gens en situation de dating avec une ou des personnes avant la pandémie, c’est parfois plus dur. Comment garder l’intimité acquise par le contact physique, entre autres? Et tenir l’excitation et la flamme en vie via une plateforme vidéo ou par texto? Une personne polyamoureuse me parlait aussi de l’évaluation des risques qui doit être faite pour s’assurer de ne pas mettre en danger et exposer plusieurs personnes à la fois. Elle avait même vu, dans certains groupes d’échanges pour les polyamoureux.ses, des rappels à la vigilance. Certaines règles – demandes d’amitié, contacts – étaient aussi plus resserrées. Bref, il n’y a pas de règles écrites (mis à part celles du confinement et de la distanciation sociales) pour dater en pleine crise de coronavirus. Sinon, celle de garder en tête que la réalité est bien différente d’une personne à l’autre.

… et parfois dans l’illégalité

Actuellement, les applications de rencontres comme Tinder ont aussi leur lot de gens qui cherchent à tout prix un contact physique et qui font fi de la distanciation sociale. Parmi les personnes interrogées, plusieurs m’ont confirmé qu’elles bloquaient systématiquement celles et ceux qui tombaient trop rapidement dans les demandes explicitement sexuelles et déplacées. 

Une question semblait aussi revenir fréquemment: à quel point tu veux aller dans l’illégalité? Comprendre ici: briser les règles de confinement pour échanger quelques fluides (et, sait-on jamais, la COVID-19!). Cela dit, on me partageait aussi le fait que – un peu comme avec les ITSS – on s’informe dorénavant sur les possibilités de contamination dans l’optique d’avoir des contacts physiques intimes les plus sécuritaires possible, malgré tout. Parce qu’il serait un peu naïf de penser que personne ne joue avec le feu actuellement. D’ailleurs, une femme hors de la région du grand Montréal me confirmait avoir récemment passé quelques nuits avec un partenaire avec qui elle n’est pas confinée, dans le seul but d’avoir un peu de chaleur humaine… 

Avant, après ou… pendant le coronavirus? 

Une question émerge de tout ça: est-ce qu’il y aura un avant et un après COVID-19, côté dating? Est-ce que le coronavirus affectera réellement à long terme notre façon de dater? Ou est-ce qu’on n’assiste pas plutôt à un «pendant» très particulier? Pour Laurence Desjardins, sexologue, il s’agit plutôt d’un «pendant». Selon elle, il est évident que la fin de la crise actuelle sera suivie d’une, et je la cite, «boulimie humaine», dans le sens où l’on aura besoin comme jamais de contacts humains, qu’ils soient amicaux, amoureux et/ou sexuels. On risque probablement de faire moins attention.

Selon la sexologue, les êtres humains sont plutôt lents à changer et risquent de revenir à d’anciennes habitudes plus vite qu’on ne le croit. Tout dépend combien de temps durera la pandémie; on est affectés dans nos comportements à plus long terme, si l’ajustement à faire est intégré sur plusieurs semaines, mois voire années.  Mais chassez le naturel, il revient au galop, dit-on? Reste à espérer qu’on tirera des leçons positives de tout ça et que le dating se renouvellera pour permettre des connexions humaines plus saines et respectueuses. C’est surtout ça l’essentiel. 

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