bisexualite et pansexualité
La tête dans le cul

Bisexualité et pansexualité: c’est quoi la différence?

Une chronique pour l’émission Moteur de recherche dans laquelle on décortique ce que sont la bisexualité et la pansexualité.

Photo de une: Claudio Schwarz | @purzlbaum via Unsplash

Un sujet à propos

La question tombe à point, particulièrement avec les festivités de Fierté Montréal qui se sont terminées avec le grand défilé de la Fierté, dimanche dernier. Plus de 12 000 personnes se sont rassemblées pour célébrer la diversité sexuelle et de genre. Et, parmi celles-ci, des gens qui, certainement, s’affichent comme bisexuels ou pansexuels. 

En fait, vous avez probablement déjà entendu parler du mot bisexualité, entre autres dans l’acronyme LGBTQ+. Ou, encore, par des gens qui se disent bi-curieux.se. Par contre, l’utilisation du mot pansexualité est relativement plus récente dans les grands médias, mais il a fait pas mal parler de lui dans la dernière année. 

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Quand les vedettes affichent leur pansexualité

La chanteuse américaine Janelle Monae a fait réagir en sortant l’album Pynk, qu’elle a présenté comme un hommage au vagin. Bon, évidemment, le public, friand de potins, s’est tout de suite posé la question : mon Dieu, est-ce que ça veut dire qu’elle est lesbienne?!? Eh bien, non. Elle est pansexuelle.

C’est dans le magazine Rolling Stone, pour lequel elle posait en couverture, qu’elle s’est affichée ainsi pour la première fois. Le terme a causé tout un émoi dans les journaux et la nouvelle a rapidement fait le tour du monde. Billboard, Time Magazine, Huffington Post, USA Today, le Harper Bazaar, le Gala français; des tas de journaux se sont emparés de la nouvelle. À tel point qu’après ce coming out, le dictionnaire en ligne Merriam-Webster a vu cette journée-là les recherches sur ce mot faire un bon de 11 000%. Mieux encore, pansexual s’est classé parmi les termes les plus recherchés en 2018 dans le même dictionnaire, tout juste après les mots justice et nationalisme.

Chez les stars américaines, Miley Cyrus s’est également affichée comme pansexuelle. Plus près de chez nous, l’humoriste et comédienne Katerine Levac a aussi dévoilé sa pansexualité. Sans oublier Jessie Nadeau, d’Occupation double, la «végane mais pas plate», qui en est aussi. Bref, bisexualité, pansexualité, on en parle de plus en plus et les vedettes se sont entichées du mot. Mais, quessé ça veut dire tout ça? Eh bien, j’y arrive.

La version courte 

Je pourrais vous offrir des définitions assez concises de la bisexualité et de la pansexualité. Ça aurait l’air de ceci: 

La bisexualité, c’est le fait d’être attiré.e amoureusement et/ou sexuellement à la fois par les hommes et les femmes. 

La pansexualité, c’est le fait d’être attiré.e amoureusement et/ou sexuellement par une personne, sans égard à son genre ou son sexe. Donc, on tombe en amour et/ou on est attiré.e avant tout pour la personnalité de quelqu’un. 

Mais… c’est un peu plus complexe que ça. Et c’est un sujet délicat, parce que tout le monde ne partage pas la même vision des choses. Et, de façon générale, on doit se rappeler que notre société est avant tout hétéronormative, ce qui veut dire qu’on considère que la sexualité «par défaut» est l’hétérosexualité. Donc, les autres formes de sexualité sont encore et toujours perçues comme marginales, voire comme des sous-sexualités. Et ce, même si on a l’impression qu’on porte un discours très acceptant et inclusif. 

La bisexualité

Version of a bisexual symbol consisting of a male sign and female sign connected as an infinity symbol or figure-8 interlinked with a circle (via Wikipédia)

Du latin «bi» pour deux et de «sexualis» pour sexuel.

Le bi fait référence à deux sexes et deux genres reconnus, soit mâle/femelle et féminin/masculin. Par contre, si l’on reste avec cette définition plutôt stricte, on demeure dans une vision très binaire de la chose. Et, qui plus est, non inclusive des personnes trans et/ou non binaires, par exemple. Ce que peut sous-entendre la bisexualité, c’est qu’on parle d’hommes et de femmes qui sont cisgenres*. C’est-à-dire dont le sexe à la naissance est conforme à l’identité de genre.

La réalité, c’est que plein de gens ne se définissent pas du tout dans les termes proposés par la bisexualité (hommes et femmes cisgenres). Par exemple, certaines personnes se disent non-binaires, donc ni femme ni homme, et d’autres comme queer. On entend souvent par queer, les personnes qui refusent d’être étiquetées par une orientation sexuelle ou une identité fixe. D’autres se disent aussi gender fluid, synonyme de non binaire. C’est-à-dire qu’elles sont fluctuantes dans leur identité. Par exemple, une personne peut se sentir plus femme une journée et plus homme le lendemain et ni l’un ni l’autre le surlendemain. Cela dit, plusieurs personnes bisexuelles se détachent aussi de cette division homme/femme et vont être attirées par des personnes féminines qui ne sont pas nécessairement femmes et, inversement, des personnes masculines, qui ne sont pas nécessairement hommes. 

La pansexualité

Logo pansexualité

Du grec «pan» ou «pantos» pour «tous» et aussi du latin «sexualis» pour sexuel.

Le «tous» fait référence à tous les genres et identités. La pansexualité – on parle aussi d’omnisexualité – est donc une définition plus large et englobante. Pansexualité est beaucoup plus utilisé par les jeunes générations qui ont tendance à se détacher des définitions très fermées du genre, de l’identité et des orientations sexuelles. Les gens qui utilisent le terme pansexuel.le rejettent habituellement les divisions binaires du genre. Selon une étude de 2016 parue dans le Journal of Sex Research intitulée «Who Adopts Queer and Pansexual Sexual Identities?», on estime que ce sont plutôt les femmes non hétérosexuelles et les personnes non cisgenres qui seraient plus enclines à utiliser cette appellation. 

À lire également: Au-delà de la pénétration: ode à la diversité des pratiques sexuelles

La diversité sexuelle et de genre (DSG)

Comme les appellations et termes se complexifient et qu’on éclate les catégories, on utilise beaucoup l’expression «diversité sexuelle et de genre». L’idée derrière cela est d’élargir encore plus les frontières et proposer une alternative, par exemple, à l’acronyme LGBTQ+. En effet, plusieurs personnes le trouvent réducteur. Ce qui est un peu normal: les étiquettes sont souvent couteau à double tranchant; il y a des avantages et des inconvénients à les utiliser.  

Les termes inclus dans l’acronyme LGBTQ+ permettent de faire reconnaître des réalités très diversifiées et pouvoir montrer qu’elles existent. Par exemple, c’est en s’appropriant l’étiquette «gay» que la première «gay pride» a pu avoir lieu en 70, un an après les émeutes de Stonewall. dont on célébre d’ailleurs les 50 ans cette année. Cela dit, un sigle comme LGBTQ+ n’inclut jamais vraiment toutes les personnes. Plusieurs ne se reconnaissent pas dans ces définitions. Et, de plus, ça ne représente pas nécessairement des réalités similaires. Par exemple, les termes trans et intersexe/intersexué.e évoquent une réalité bien différente des termes gai et lesbienne.

Pourquoi le LGBTQ+ s’allonge?

Tout ça peut nous amener à nous demander: mais pourquoi le sigle LGBTQ+ s’allonge constamment? On vient qu’on sait pu, je comprends rien, c’est ben compliqué, etc. En fait, c’est que chaque terme permet de parler d’une réalité différente de celle qui est souvent connue de tous.tes et représentée partout, soit le couple hétérosexuel avec un homme et une femme cisgenres. Mais le spectre des identités, des genres et des orientations sexuelles est vraiment plus large que cela! Alors le sigle s’allonge pour assurer une plus grande inclusion et une visibilité accrue. Actuellement, la version la plus à jour de l’acronyme est celle-ci: LGBTQQIP2SAA. Pour résumer rapidement, il y a: 

  • L = Lesbienne
  • G = gai.e
  • B = bisexuel.le
  • T = trans
  • Q = queer
  • Q = en questionnement
  • I = intersexe/intersexué.e
  • P = pansexuel.le (notre deuxième mot)
  • 2S = two-spirits ou bispirituel.le
  • A = agenre
  • A = asexuel.le 

On  inclut parfois allié.e dans l’un des A afin de parler des personnes qui ne sont pas dans la communauté LGBTQ+, mais qui supportent et militent pour les droits des personnes qui en font partie. Mais cela ne fait pas consensus, car certaines personnes considèrent que les inclure, c’est encore procéder à une invisibilisation de groupes déjà minorisés. 

Un grand parapluie 

Mieux vaut s’habituer à entendre d’autres termes émerger, car il y en a des tas encore qu’on ne connaît pas assez bien. Je vous donne un exemple: il y a environ deux semaines, la politicienne française Marlène Schiappa a fait beaucoup parler d’elle parce qu’elle a affirmé en entrevue être «sapiosexuelle». Être sapiosexuel.le, c’est ressentir une attirance/excitation sexuelle pour l’intelligence d’une personne. Donc, dans ce cas, c’est la matière grise qui nous allume. On peut penser aussi à demisexuel.le. C’est le besoin de ressentir un lien affectif et/ou émotionnel important face à l’autre personne.

Bref, des termes comme ça il y en a (et il y en aura!) de plus en plus. J’aime bien voir cela comme un immense parapluie multicolore sous lequel s’abritent des mots qui eux-mêmes en cachent d’autres.

Ce qu’il faut retenir

La bisexualité se positionne plus souvent dans une vision hétérocentrée de la sexualité, soit un homme et une femme ensemble. Donc on «déroge» un peu de la sexualité normative en choisissant de s’intéresser aux deux genres acceptés. Pour la pansexualité, on retiendra que c’est un terme plus englobant qui inclut une diversité d’identités et se détache de l’obligation de choisir, si on veut, entre deux seules options, soit homme et femme. Il permet plutôt de s’intéresser à une personne et à ce qui la définit et la construit – personnalité, valeurs. etc. -, sans faire le focus sur son genre ou son sexe.

Mais, et c’est le plus important, il faut retenir que ce ne sont pas des définitions qu’on veut confronter en disant qu’une est meilleure que l’autre. On peut être bisexuel.le et être très au fait des différentes identités et genres. Si on se considère bisexue.le, qu’on est à l’aise avec ce terme, que ça nous définit bien, c’est super. Si on se considère pansexuel.le et qu’on trouve que l’appellation nous représente bien ou mieux, eh bien tant mieux. Il n’y a pas une meilleure façon de faire les choses, bisexualité et pansexualité peuvent très bien vivre ensemble.

Pour aller plus loin…

Quelle est la différence entre entre la bisexualité et la pansexualité?

The 10 best books about bisexuality that should be on your shelf right now

The pansexual revolution: how sexual fluidity became mainstream?

What is pansexuality?

InQueery: The Past and Popular Usage of the Term « Pansexual »

* Par exemple, je suis personnellement née avec un sexe féminin et je me considère femme, donc je suis une femme cisgenre. Si j’étais née avec un sexe féminin, mais que je me considérais comme un homme, je pourrais dire que je suis une personne transgenre ou une personne trans. 

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