condom futur
La tête dans le cul,  Moteur de recherche

À quoi ressemblera le condom du futur?

Une chronique pour Moteur de recherche dans laquelle je me penche sur le condom du futur.

Le condom idéal

Même s’il demeure l’un des moyens les plus efficaces de prévenir une grossesse non désirée et d’éviter la transmission d’ITSS, le condom est mal-aimé. Pas pour rien qu’on parle de «négociation du port du condom. De nombreuses personnes ont à gérer l’hésitation voire le refus catégorique face au préservatif. Les raisons habituelles: baisse de sensations, perte de l’érection, inconfort, etc. Bref, il y a encore du chemin à faire pour le rendre «idéal» à ses utilisateurs.trices. 

Mais certains critères reviennent souvent pour l’amélioration du produit. On le souhaite: facile à ouvrir, mince, sans odeur, hypoallergénique, sans latex et résistant. Ces éléments peuvent sembler banals. Surtout pour une protection dont les origines remontent tout de même à 3000 ans avant notre ère. Alors qu’on est capable, par exemple, d’envoyer des gens dans l’espace! Mais, encore en 2020, la technologie n’a pas tant de solutions à offrir pour régler ces tracas. 

Comme notre auditeur Gabriel Perron qui a suggéré ce sujet, on peut se demander: sommes-nous sur le point de voir apparaître un condom futuriste qui comblera toutes ces attentes? Eh bien, plusieurs avenues sont actuellement empruntées pour explorer le fameux préservatif de l’avenir. 

Condom du futur ou… pas 

Il faut d’abord revenir en 2016. À ce moment, plusieurs grands médias – notamment Business Insider, Men’s Journal, Mashable, Engadget – présentent le LELO HEX comme «le condom du futur». En quoi représente-t-il une innovation sans précédent? C’est le premier condom dont le design est conçu de dizaines de petits hexagones – un motif inspiré du graphène. Il répond à des critiques majeures formulées envers l’habituel bout de latex: plus mince, ils se moule mieux au membre. Plus durable, il règle aussi l’inconfort habituellement ressenti. Par conséquent, les pertes d’érections et la perte de sensations sont moins problématiques. Il a d’ailleurs gagné plusieurs prix de design et est encore fréquemment recommandé.

Par contre, la compagnie LELO n’est pas la seule à explorer les nouvelles technologies et des matériaux variés. De nombreuses entreprises ont adopté le polyisoprène qui remplace le latex qui peut causer des allergies. La marque Skyn utilise ce matériau ainsi que Unique’s Pull Condom. Cette dernière estime que son produit est, grâce à cela, « trois fois plus résistant et mince ». Elle aussi modifié le traditionnel préservatif pour lui ajouter de petites bandes minces sur chaque côté. Celles-ci sont tirées vers le bas pour faire dérouler plus facilement. 

Innovation ou marketing?

Cela dit, le condom n’a pas tant évolué depuis sa création au début du 20e siècle. Ni après l’invention du premier préservatif lubrifié, par Durex dans les années 50. Le LELO HEX a pris 7 ans à être conçu, mais il demeure très similaire au tube de latex qu’on connait déjà. Entre promesses de véganisme (oui, il y a des condoms véganes, c’est-à-dire qu’ils ne contiennent pas de caséine, un dérivé du lait qui assouplit le latex), de sensations ultimes et d’érections formidables, le condom a connu d’importantes innovations… dans son marketing.

Dans un article de Forbes intitulé The Luxury Condom Market is on the Rise, on constate que c’est surtout par rapport à leur image de marque que ces entreprises innovent. Le même magazine signe également un texte dans lequel on se demande: pourquoi les grandes marques de condom n’investissent pas dans de grandes innovations technologiques? La réponse est simple: ça coûte (TRÈS) cher. Et les gens ne veulent pas payer pour ce type de produit. Surtout quand on sait qu’il se vend en moyenne 1$/condom pour une marque générique.

Les compagnies augmentent donc la valeur du produit en proposant une «expérience» autour de ce dernier. Emballage amélioré, slogans accrocheurs, promesses de sensations et de discrétion pour l’oublier… On met la notion de plaisir de l’avant. On s’intéresse aussi plus au confort. Textures, minceur du produit et look; ce sont là les modifications technologiques qui sont apportées.

Aussi, plusieurs compagnies offrent des tailles très variées pour s’assurer de répondre aux besoins du plus grand nombre. Ce qui peut être intéressant s’ils sont utilisé avec les doigts, les mains et les jouets sexuels à insérer et dont la grosseur/grandeur peut varier. On change aussi de public-cible: les femmes sont invitées à s’intéresser à cette protection qui les implique autant, sinon plus que les hommes qui les enfilent.* 

*J’utilise ici les termes femmes et hommes pour aller en concordance avec les écrits, études de marché et recherches consultées. 

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Condom masculin, féminin et… invisible 

L’avenir du condom se trouve peut-être d’ailleurs dans le condom conçu pour le sexe féminin. Celui que l’on connaît est actuellement fait en forme de tube. Les deux extrémités ont des anneaux; un plus petit qu’on insère à l’intérieur et l’autre, plus grand, qui demeure à l’extérieur, accoté sur la vulve. Par contre, ce préservatif n’a malheureusement jamais eu la faveur du public. Il est difficile à trouver sur le marché, parfois bruyant et il peut glisser entièrement à l’intérieur du vagin lors de la pénétration. 

Photo: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Pr%C3%A9servatif_f%C3%A9minin.jpg

Une équipe québécoise explore actuellement un condom qui serait aussi «porté» par la personne de sexe féminin. Le CRI (Centre de recherche en infectiologie) de l’Université Laval travaille depuis plus de 20 ans sur le «condom invisible». Imaginez un applicateur – un peu comme celui d’un tampon – dans lequel on trouve un gel qui vient tapisser l’intérieur du vagin. Selon l’équipe de chercheurs, il peut servir à prévenir autant les grossesses non désirées que protéger des ITSS. Par contre, il faudra encore plusieurs années avant qu’il soit approuvé comme préservatif. 

La recherche au service du condom du futur

Plusieurs équipes de chercheurs ont répondu à l’appel de la Fondation Bill et Melinda Gates. En 2013, elle offrait 100 000$ à onze équipes pour développer la prochaine génération de condoms. Eudæmon Technologies qui travaille sur Geldom, un condom fabriqué à partir d’un hydrogel (appelé tough hydrogel) conçu pour «agir et donner la sensation d’une vraie peau». L’Hydroglide Coating, développé par des chercheur.es de la Boston University. C’est un préservatif qui s’autolubrifie au contact de l’eau ou d’une solution aqueuse, comme la salive. À l’University of Oregon, pour «un nouveau matériau en polyuréthane qui se modifie à la chaleur et qui pourrait permettre d’accueillir des nanoparticules contenant des médicaments qui combattent les ITSS». Aucun de ces projets n’est encore sur le marché.

Le condom Origami (oui oui, un condom dépliable) n’a pas rencontré le succès espéré. Et des préservatifs en vaporisateur sont toujours en cours d’exploration. Il faut spécifier: les processus pour faire approuver un produit médical (car c’en est un) par la FDA (US Food and Drug Administration), par exemple, sont extrêmement stricts et complexes. Comme l’explique bien un article du site Mic.com paru en 2015 et qui faisait le suivi de ces projets deux années plus tard, on parle ici d’un processus étalé sur des années. Et de plusieurs millions de dollars. On comprend un peu mieux les sept années investies par LELO pour son LELO HEX et son besoin de vendre plus cher des condoms dans de beaux petits emballages chics à la Apple… 

L’avenir incertain

En somme, le condom complètement révolutionnaire et flabergastant n’est probablement pas pour demain matin. Ni même l’an prochain, surtout avec la pandémie qui a pas mal bousculé les priorités. En attendant, on peut se pencher un peu sur la contraception masculine pour laquelle on promet bien des avancées depuis des années, sans jamais en voir ne serait-ce que le bout du nez.

Une journaliste de Vice, Lux Alptrum, suggère de prendre temps, argent et efforts pour plutôt convaincre les gens d’utiliser les condoms qui existent déjà. Pas fou. J’ajouterais: et, pourquoi pas, offrir une éducation à la sexualité et à la santé sexuelle. Des sources fiables pour s’informer et des espaces pour en discuter. Le condom le plus parfait et le plus techno ne sert à rien si on l’utilise tout croche. S’il perpétue encore une notion de performance. Ou, encore, s’il fait oublier qu’il y a du plaisir qui va bien au-delà de la stricte génitalité. Mes deux cennes, comme on dit.

Photo de une: Reproductive Health Supplies Coalition via Unsplash

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